La parenthèse orientale

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Il est intéressant de voir comment un psychiatre formé à la médecine traditionnelle est allé en Orient, à la recherche de techniques thérapeutiques pour ses patients dans le but de les aider à atteindre le « SOS », l’équilibre de leur conscience.

Alfonso Caycedo a abordé l’Orient sans préjugé, ni conditionnement « comme si c’était la première fois », en appliquant la méthode phénoménologique qu'il avait apprise de Binswanger. Avec cette attitude, il a rencontré les grands représentants de la médecine et de la spiritualité orientale, des personnes de toute nature, qui lui ont montré une réalité différente. Toujours dans le respect de leurs croyances, il a étudié le phénomène de la conscience d’un point de vue professionnel.

À travers son questionnement auprès des différents représentants du yoga, du bouddhisme et du zen japonais, nous verrons comment s’est développée son intentionnalité de mieux comprendre la conscience humaine.

Partis pour six mois avec très peu de chose, à la recherche des yogis qui étudient la conscience, commence alors pour le docteur et sa femme, une véritable aventure qui durera deux ans. À la fin de son séjour, il publiera en 1966, un livre en anglais « India of Yogis » qui sera traduit en 1971 en espagnol, dans une 1ère édition - Ed. Scientia (Barcelona). Cet ouvrage retrace les dialogues avec les maîtres des différentes catégories de yoga à travers toute l’Inde.

Il expérimente alors, toutes les formes de yoga et de méditation aux quatre coins de l’Inde. Il rencontre des psychiatres et étudie avec des médecins hindous qui utilisent le yoga comme thérapie. Il se posera toujours les mêmes questions : que font-ils pour arriver à l’équilibre de leur conscience ? Ces techniques peuvent-elles aider les malades ?

Il expérimente notamment le Raja-yoga « roi des yogas », né de la fusion de plusieurs yogas et toujours pratiqué sous la direction de maîtres. Dans le Raja-yoga, on utilise beaucoup le corps pour atteindre l’équilibre de la conscience. Ce yoga a beaucoup inspiré Caycedo dans ses adaptations pour la psychiatrie où il commence à parler de « corporalité », de schéma corporel, notions jusqu’alors inexistantes dans toute la psychiatrie et autres formes de thérapie.

Ainsi, Le docteur Caycedo va rencontrer des yogis comme Swami Nada Brahmanandaji (1896 - 1993), musicien hindou qui a développé un yoga de la musique (nada yoga), impliquant l'éveil de la kundalini (énergie vitale) grâce à la puissance psychique des vibrations sonores. Il a observé que le son pouvait se diriger vers différentes parties du corps, en créant une résonance capable de se mesurer à l’aide d’un diapason.

Puis son voyage l’amène au Tibet où il rencontre le Dalaï-lama et les figures du bouddhisme tibétain, qu’il va expérimenter et dont les pratiques contemplatives (passives et non mystiques) s’avèreront très intéressantes dans leur application à la psychiatrie, notamment dans la mise entre parenthèses des pensées ou des problèmes psychiques du malade. À nouveau, son attention est attirée par la manière dont les bouddhistes se réunissent pour méditer, récitant leurs mantras qui les amènent à des états de conscience de paix et de sérénité. Nous verrons plus loin, comment le son sera utilisé comme stratégie vivantielle, à partir du cinquième degré de la RDC, pour activer la présence de l'énergie dans notre corporalité.

Ce grand parcours se termine au Japon, où il approche les techniques du zen japonais, forme moderne et très épurée du yoga et du bouddhisme. Ces pratiques vont lui inspirer les postures et l’intégration « corps-esprit », ainsi que le yoga lui inspirera le travail corporel et le bouddhisme, celui de l’esprit.